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Interactivité

La notion d’interactivité est utilisée tant dans le langage ordinaire que scientifique de manière polyvalente.

Dans le langage ordinaire, elle peut indiquer à la fois le rapport des usager.e.s aux écrans, la modernité des dispositifs technologiques ou les possibilités de personnalisation qu’ils offrent.

Dans le langage scientifique, elle peut faire référence à la capacité du dispositif à répondre de manière cohérente aux impulsions des usager.e.s ou bien à la possibilité de ce dernier.e.s de modifier la manière dont les contenus s’affichent à l’écran.

Dans la création artistique et littéraire numérique, elle indique une propriété du texte et, en même temps, une condition nécessaire à son actualisation : l’interactivité contribue au déploiement des contenus et présuppose une réponse des interlecteur.rice.s aux requêtes implicitement ou explicitement posées par les œuvres.

En fonction des œuvres et des contextes, elle peut servir au déclenchement de l’avancement de l’histoire, à l’exploration de l’espace fictionnel, au dévoilement des ressources multitextuelles ou même à la sollicitation d’une réflexion méta-corporelle de la part des lecteur.rice.s.


L’interactivité peut se présenter de diverses manières. 

Selon Ryan (2005), on peut distinguer deux dichotomies de base. L’interactivité peut être :

  • interne ou externe ; 
  • ontologique ou exploratoire.

1. L’interactivité peut être interne ou externe.

Selon la taxonomie de Ryan (2005), l’interactivité externe correspond à celle dans laquelle l’usager.e contrôle l’univers fictionnel depuis une perspective extérieure, tel un deus ex machina surplombant les évènements.

L’interactivité interne implique que l’usager.e opère de l’intérieur, en influençant les vicissitudes et l’issue de la fiction comme s’il.elle faisait partie de l’univers fictionnel. 

2.     L’interactivité peut être exploratoire ou ontologique.

L’interactivité exploratoire permet aux usager.e.s de participer et d’intervenir dans l’univers fictionnel sans pourtant autoriser aucune modification durable.

L’interactivité ontologique, en revanche, permet aux usager.e.s d’altérer de manière durable l’univers fictionnel, ses objets et ses situations.

Dans la création artistique et littéraire pour jeunes publics, d’autres dichotomies sont opératoires.

3.     L’interactivité peut être contraignante ou bien optionnelle.

On définit comme contraignante toute forme d’interactivité nécessaire au déclenchement de l’avancement narratif ou au dévoilement des ressources multi textuelles. Dans ce cas, en l’absence d’une intervention empirique de la part des interlecteur.rice.s, les contenus ne se donnent pas à lire. 

À l’inverse, l’interactivité optionnelle est celle qui ne conditionne pas l’avancement de l’histoire, ni la lisibilité des contenus. Souvent associée à une exploration de l’interface narrative et de l’espace fictionnel, elle présuppose que les lecteur.rice.s s’aventurent et naviguent sur l’écran, en suivant leurs intuitions et leur goût pour la découverte.

4.     L’interactivité peut être explicitement requise ou bien implicite.

L’interactivité est explicitement requise quand des indications intra- ou extradiégétiques autour d’éléments ciblés de l’écran indiquent les gestes ou les actions attendus. 

Elle est implicite quand aucun indice textuel, visuel ou sonore n’est offert et chaque geste ou action doit être inféré à partir d’une analyse de la scène et du contexte. 


Ces différentes dichotomies peuvent se combiner de diverses manières et opérer à des niveaux différents (périphérique, diégétique et extradiégétique). Dans tous les cas, l’intervention sur l’écran implique un échange avec l’écran ou avec l’interface narrative qui sert un but littéraire. 


Que retenir?

a-  L’interactivité n’est pas un gadget de l’œuvre numérique. Elle sert le sens et la construction des contenus, tout en contribuant à susciter l’implication des lecteur.rice.s. Dès lors, elle doit être regardée comme une partie intégrante du texte, au même titre que les images, les sons ou les textes.

b-  L’interactivité requiert un mouvement conscient et signifiant de la part du·de la lecteur·rice. Elle requiert – et génère – une relation physique et intellectuelle entre le sujet qui lit et manipule le dispositif et le contenu. 

c- L’interactivité présuppose l’intervention sur l’espace fictionnel du corps du·de la lecteur·rice. Sa main, son doigt, ou le mouvement qu’il·elle réalise par la médiation d’une souris peuvent être considérés comme partie intégrante du tissu textuel.

Il conviendra notamment que les jeunes sachent :

  • Saisir les finalités poétiques, stylistiques et rhétoriques des interactions ; 
  • Inférer quel comportement est attendu vis-à-vis des possibilités de manipulation autorisées par l’écran et des différentes situations fictionnelles ; 
  • Reconnaitre les différentes finalités de leur intervention sur l’écran et identifier la portée symbolique de leurs gestes et actions ; 
  • Discuter, commenter, justifier et analyser respectivement leurs choix de mouvements.