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Obsolescence

Les œuvres numériques sont soumises à deux phénomènes qui mettent à l’épreuve leur pérennité : l’obsolescence et la labilité (Bootz, 2014).

L’obsolescence dépend de la durée de vie des supports technologiques : le destin des œuvres numérique étant lié à celui du dispositif et des logiciels nécessaires à son exécution, la disparition des uns comportera l’inaccessibilité des autres.

De plus, la production numérique contemporaine est fortement soumise aux contraintes des sites de distribution et vente. Conçues et commercialisées sur des plateformes propriétaires, les œuvres numériques se doivent d’être constamment mises à jour, afin de répondre aux exigences technologiques des maisons de distribution.

Souvent difficiles à soutenir et à anticiper pour les concepteur.rice.s, les coûts liés à cette adéquation avec les plateformes de distribution et vente de production signent souvent la fin de vie des œuvres numériques [pour plus d’informations, voir le module Technique dans la section Édition].

La labilité concerne plus particulièrement les changements du « résultat observable à l’exécution du programme » (Bootz, 2014), en fonction du contexte technologique de la consultation.

Les mises à jour logicielles, les changements de vitesse des machines, les différences éventuelles d’affichage dues au passage d’un dispositif à l’autre peuvent, en effet, faire varier ce qui se donne à lire ou à manipuler sur écran.

Cette labilité, purement technique, peut coïncider avec une labilité sémiotique « lorsque le contexte technologique oriente la décision sémiotique et la construction du sens ainsi que le ressenti affectif ou esthétique » (Bootz, 2014). Dès lors, le changement technique détermine un changement dans la perception de l’œuvre et dans la signification des contenus.

Diverses stratégies sont mises en œuvre tant par les concepteur.rice.s que par les chercheur.e.s pour contrer, du moins partiellement, la perte des œuvres numériques et assurer des formes d’archivage.

Selon Bootz (2014), trois stratégies sont notamment déployées : 

  • Préserver les œuvres par des enregistrements qui documentent l’expérience d’utilisation ;
  • Préserver les œuvres en restaurant les dispositifs de la première exécution et leur environnement ;
  • Rémédiatiser les œuvres pour les exécuter dans un autre contexte technologique et assurer leur interopérabilité.

Bien que chacune de ces stratégies assure une mémoire de l’œuvre originale, les inconvénients sont divers :

  • les enregistrements ne permettent pas aux utilisateur.rice.s d’expérimenter la dimension de manipulation qui est pourtant une caractéristique centrale de la rencontre avec l’œuvre numérique ;
  • la restauration des dispositifs n’assure pas une véritable pérennisation des contenus, car elle se fonde sur la possibilité d’entretenir les matériaux et les logiciels ;
  • la troisième dissocie l’œuvre de son environnement de reproduction. 

Au vu de cette situation, divers.es artistes numériques, comme Alexandra Saemmer, ont choisi de ne pas entreprendre des démarches de mise à jour de leurs œuvres et d’en accepter la condition éphémère.


Il conviendra alors que les jeunes sachent :

  •  Saisir le caractère éphémère de l’écrit numérique ; 
  • Saisir le caractère transitoire de ce qui est exécuté à l’écran : si le code informatique est une source non modifiable qui permet aux contenus de se déployer, les résultats produits par cette exécution sont des états « transitoires observables » (Bootz, 2009) ; 
  • Saisir les enjeux artistiques, économiques et commerciaux qui peuvent conditionner le destin d’une œuvre numérique.